Blackout day : première grande grève de l'Internet


Audrey LE ROUIC
Vendredi 20 Janvier 2012

Des géants du Web ont participé au premier jour d'une grève mondiale de l'Internet mercredi 18 janvier 2012. Une mobilisation pour protester contre deux projets de loi américains visant à renforcer les droits d'auteur et lutter contre le piratage. Selon les "grévistes", ces textes menacent la liberté d'expression et la libre concurrence sur Internet.


Pour la première fois, une grande grève de l'Internet a eu lieu le 18 janvier 2012 : the Blackout Day. Pendant une journée de nombreux sites, surtout anglo-saxons, ont stoppé leurs activités. Seules leurs pages d'accueil étaient accessibles et affichaient un message de protestation.

Les raisons de cette colère : deux projets de loi américains contre le téléchargement illégal et le renforcement des droits d'auteur : SOPA (Stop Online Piracy Act)  et PIPA (Protect-ip Act) et contre un accord Acta, actuellement en débat au Parlement européen. Nombre d'utilisateurs et acteurs du Web craignent ces mesures qu'ils jugent liberticides.

Selon le Monde et RSF, SOPA et PIPA ont trois grandes mesures. Le filtrage par nom de domaine : un blocage empêcherait un navigateur Internet de « trouver » une page web des sites qui porteraient atteinte aux lois américaines sur les droits d'auteur. Le déréférencement d'un site et la possibilité de bloquer les comptes Pay Pal des sites.

Une mobilisation fortement anglo-saxonne

Parmi les colosses du web à avoir participé figurent Wikipédia, Google, Word Press, Flickr, Mozilla et des sites d'information comme Wired et the Huffington Post . Philippe Aigrain, l'un des fondateurs du site La Quadrature du Net, parle de « participation extrêmement massive aux USA avec de grosses sociétés. Ce n'est pas surprenant que la participation des français ne s'est pas faite à grande échelle. Ce n'est pas un échec. Ils ont d'autres préoccupations que deux lois américaines. C'est lois ont des connections en Europe notamment avec l'Accord Commercial Anti-Contrefaçon (ACTA). C'est pour cela que nous en parlons sur notre site ».

Page d'accueil du site anglophone de RSF lors du Blackout Day
Page d'accueil du site anglophone de RSF lors du Blackout Day

« On sacrifie la liberté d'expression sur l'autel des droits d'auteur »

Le site anglais de Reporter Sans Frontières a été arrêté pendant 24h. Lucie Morillon, responsable du bureau Nouveaux Médias de RSF explique les raisons de leur participation au Blackout Day. « Nous avons fermé notre site anglophone pour exprimer notre opposition aux méthodes que prévoient ces propositions de lois. C'est la mort de nombreux sites et pas seulement américains. Évidemment, RSF est pour la protection des droits d'auteurs. Mais ces lois sont disproportionnées. On sacrifie la liberté d'expression sur l'autel des droits d'auteur. Si un site a une photo ou une vidéo dont la source est difficile à identifier, il peut être fermé. » On imagine ce que cela peut donner pour des sites comme YouTube, Flickr ou Facebook.

Des méthodes « troublantes » pour un pays comme les États-Unis, ajoute Lucie Morillon. Pays qui condamne les pratiques liberticides de certains États non démocratiques. Pour les journalistes l'enjeu de ces lois est important. « Cela porterait atteinte à la liberté d'expression notamment pour les dissidents de pays non démocratiques. Ces derniers communiquent beaucoup grâce à des sites comme YouTube », précise la responsable des Nouveaux Médias à RSF. Elle poursuit : « les causes de ces projets de lois sont louables. Mais il ne faut pas que le remède soit pire que le problème. Ce filtrage généralisé est dangereux. Les méthodes doivent être le plus ciblées possible. » 

Source : France Info, France 24, Wired, RSF, Huffington Post, le Monde, DN!
Page d'accueil du site anglophone de RSF lors du Blackout Day
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