« Bien décidés à en finir avec les fantasmes »


Sorlin Chanel
Jeudi 19 Janvier 2012

Rencontre avec Florent Bouchardeau, coordinateur du projet Villeneuve 5/5, qui revient pour journalismes.info sur cette démarche collective et ce quartier passé en quelques décennies "de l'utopie à la mauvaise réputation".


« Bien décidés à en finir avec les fantasmes »
Pourquoi avoir choisi la Villeneuve ?
C’est l’actualité qui a dicté notre choix. Et puis, on passait devant en tramway tous les jours pour se rendre à la fac (située à Echirolles, ndlr). Finalement, du jour au lendemain, c’est un peu notre quotidien qui s’est retrouvé projeté sous les feux de l’actualité.
C’est l’école qui a lancé ce projet collectif sur la Villeneuve à l’automne 2010, ensuite cela a bifurqué vers un projet plus adapté au format web pour finalement déboucher sur un webdocumentaire réalisé par neuf d’entre nous, bien décidés à en finir avec les fantasmes. Soit un projet réalisé en totale autonomie entre janvier et juillet 2011.

L’emploi de logiciels tels que Wix et Vuvox a-t-il permis une grande latitude dans la réalisation de ce webdocumentaire ?
Oui, forcément. Ces logiciels sont très aboutis, mais ce ne sont pas des outils créés pour le journalisme, nous  avons juste détourné leur usage initial. Concernant Wix.com, c’est un logiciel en Flash qui a permis de bâtir la plateforme du site. La version de base est gratuite et par la suite nous avons investi dans une version premium à 150 €. Vuvox quant à lui, a notamment permis la création des diaporamas sonores.
Nous étions principalement deux ou trois à travailler dessus, en ayant appris à s’en servir « sur le tas ». Leur usage a été d’une grande aide. Et puis de toute façon, avoir recours à des graphistes ou des webmasters eût été trop coûteux et ce projet n’aurait de facto pas pu voir le jour.

Peut-on parler d’immersion humaine autant que de journalisme ?
Oui, même si on préfère parler de travail sur le long terme. Pour nous tous, c’était une première que de traiter un sujet sur une telle temporalité. On a pris le temps pour une fois, on y a consacré des jours, on y a tissé des relations humaines. Bref, des préceptes qui vont quelque peu à l’encontre de la tendance actuelle dans le journalisme. Et je dois avouer que c’est très plaisant. Cela donne le sentiment d’aller au fond des choses. Par exemple, nous sommes retournés trois fois à la Ludothèque pour un final de deux minutes. Quel journaliste ferait cela aujourd’hui ?

Au regard de la diversité des intervenants, on sent une volonté d’exhaustivité. Est-ce le cas ?
C’est impossible de dresser un portrait complet de la Villeneuve tant il est complexe et multiple. Nous avons simplement tenté de toucher à beaucoup de choses, et la réalisation s’est également faite au gré des opportunités. Il y a certes de nombreuses entrées, mais il en manque aussi comme par exemple le volet de la religion, qui n’est pas abordé.
On peut - et n’importe qui peut - de toute manière rajouter du contenu au projet et à l’immeuble Villeneuve 5/5. Il suffit pour cela de rajouter des étages. En revanche, ce qui nous satisfait énormément, ce sont les retours des internautes et notamment ceux du quartier, tous très positifs. Un professeur d’histoire-géographie - tout comme d’autres personnes - qui voudrait se servir de notre projet… On a créé une réaction, c’est bien.

Quels médias avez-vous démarchés et pour quelles raisons ?
Libération, Le Monde, Rue89 et l’Humanité. Rue89 a décliné l’offre, la jugeant trop locale, de même que Libé pour qui le webdoc n’entrait alors pas dans la politique du site. De leur côté, l’Humanité et Le Monde se sont montrés intéressés et cela s’est fait au tout dernier moment avec Le Monde, moyennant la somme de 3000 €. Pour un projet étudiant parti de rien, finir comme cela, c’était déjà une forme de consécration.

S’en est ensuivi le prix Google de l’innovation en journalisme : vous attendiez-vous à une telle distinction ?
Absolument pas. On a d’ailleurs postulé au prix le jour même de la clôture des inscriptions et jusqu’à ce qu’on gagne, on ne réalisait pas forcément la qualité de notre travail. Il y a comme un décalage entre les moyens et l’ambition initialement mis en œuvre et la distinction reçue. C’en est parfois presque surréaliste. Mais bon, je pense que la raison pour laquelle on a remporté le prix, c’est le côté pro du projet.

Le format du webdocumentaire est-il amené à se développer ?
Le webdoc a forcément un avenir. Dire qu’il peut supplanter le format traditionnel du documentaire me semble périlleux et je pense que les deux seront amenés à cohabiter dans le futur. Ce n’est d’ailleurs pas l’engouement populaire qui fait sa force, mais le « kiff » que cela procure au journaliste. On rejoint un peu le mythe du journaliste avec l’aboutissement d’un tel projet, tant sur le plan professionnel qu’esthétique. Toucher du doigt ce tandem esthétisme-info, je dois avouer que c’est quelque chose de franchement grisant.

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