Bakchich ne veut pas mourirRétrospective 2009Nicolas Lemonnier
Mercredi 3 Février 2010
Le site satirique au slogan « informations, enquêtes et mauvais esprit » a vécu une année 2009 très particulière. Le 23 septembre, il lance un hebdomadaire papier avant d’être placé en redressement judiciaire le 9 novembre. Alors quel avenir pour Bakchich.info ?Des finances fragiles
Lancé en 2006 par les jeunes journalistes Xavier Monnier et Guillaume Barou, Bakchich.info avait immédiatement souhaité marquer sa différence. Les fondateurs définissaient leur création comme n’étant « point un site d’information, raccroché aux fils de dépêches et « pissant de la copie » à ras bord. Mais un journal qui n’écrit que s’il peut apporter un plus aux infos du jour et qui se nourrit d’enquêtes exclusives, fouillées. Sur tous les sujets. Des scandales politico-financiers aux dessous du football, de la consommation aux grandes affaires internationales, du people au social. Jamais méchant, toujours titillant, souvent sale gosse. » Le ton était donné.
Le site trouve rapidement son public et ne cesse de s’étendre. En septembre 2008, Bakchich s’associe avec le pure player « de source sûre », spécialisée dans la vidéo. De cette fusion naît une web TV, Bakchich.tv. 2008 marque aussi l’arrivée à la tête de la rédaction de Nicolas Beau, ancien journaliste d’investigation au Canard Enchaîné. Mais si le succès éditorial est au rendez-vous, les finances du site sont plus délicates à gérer. La recherche de nouveaux partenaires est une tâche à plein temps et ne se fait pas sans mal. En mars 2008, le site passe à deux doigts du dépôt de bilan suite à la défection de deux gros investisseurs. Une levée de fonds auprès des internautes permet de récupérer 500 000 euros pour sauver les meubles. Bakchich est ainsi, toujours sur la corde raide, son existence est une longue succession de hauts et de bas. L’année 2009 en est l’exemple le plus flagrant. Lancer un hebdomadaire papier : le pari risqué du site
Victime de la crise de la publicité, le site connaît de nouveaux des difficultés financières. « La publicité nous a rapporté jusqu’à 10 000 euros par mois, explique Nicolas Beau. Subitement, cette somme est passée à 2 000 euros. Forcément ça laisse des traces. » Les têtes pensantes de Bakchich estiment alors qu’il est temps de mettre en place un vieux projet : faire paraître dans les kiosques un hebdomadaire papier. « Aucun site Internet n’a fait ça, reprend Nicolas Beau. Il nous fallait d’autres sources de revenus. Certains sites d’actu sont affiliés à des grands médias. Ils sont déficitaires, mais le média paye pour eux. Les autres se débrouillent comme ils peuvent. Ils tiennent un certain temps. Notre fond de départ ne nous suffisait plus à vivre. Il fallait qu’on se diversifie. » L’hebdomadaire papier représente cette source de diversification nécessaire. Le public visé est le même que celui du site Internet, les jeunes qui cherchent une information différente. « Sur l’hebdo, c’est uniquement du contenu original, présente le rédacteur en chef. Et surtout des enquêtes approfondies. On les met ensuite sur le site. Il n’y a que l’actu très chaude que l’on trouve avant sur le site. On aborde des thèmes plus larges que les autres hebdos satiriques comme le sport… Sur le site, on va plus favoriser la vidéo. »
Le numéro un, lancé le 23 septembre 2009, se vend à 30 000 exemplaires. Mieux que les 25 000 visés. Le pari tenté par Bakchich serait-il en passe d’être réussi ? A peine car les numéros suivants se vendent moins bien, à environ 12 000 exemplaires. Un chiffre insuffisant. Le déficit de la société Bakchich s’aggrave et atteint les 100 000 euros. Le 9 novembre, le site et l’hebdomadaire sont placés en redressement judiciaire avec une période d'observation de six mois. Bakchich repris par un groupe de presse ?
Ce nouveau coup dur pourrait signifier la fin du site satirique, mais ce serait sous-estimer le potentiel de Bakchich à renaître de ses cendres !
Quelles solutions s’offrent aux dirigeants ? D’abord, profiter de l’élan de sympathie des lecteurs pour éventuellement augmenter le nombre des abonnés au site et les ventes du papier. Ensuite, Bakchich aimerait de nouveau toucher sa part du gâteau publicitaire. Pour ce faire, un contrat a été signé avec la régie Lagardère. L’objectif est de développer la publicité sur le site et dans l’hebdomadaire en même temps. Le moindre euro étant bon à prendre, Bakchich compte aussi sur les aides à la presse en ligne qui doivent être attribuées par le gouvernement dans le cadre des Etats généraux de la presse. Enfin, si les différentes mesures prises ne suffisent toujours pas, il pourrait y avoir une ultime solution : la reprise de la société par un groupe de presse. Une alternative qui n’est pas totalement exclue par Nicolas Beau. « On serait obligé d’y réfléchir. Mais pour l’instant nous n’avons pas eu à étudier la question puisque nous n’avons eu aucune proposition. Si on rejoignait un grand groupe, les règles du jeu changeraient. Car c’est clair qu’on ne peut critiquer ouvertement et sans barrière celui qui vous finance. C’est très limitatif. En tout cas, ça entraînerait de profonds changements dans l’équipe. » Malgré de nombreuses péripéties et un certain nombre de coups durs, Bakchich est toujours en vie. Et c’est finalement bien ça le plus important.
Une conférence de rédaction à Bakchich, vue par le dessinateur Cacatie
Bakchich en chiffres :
90 000 : Le budget de fonctionnement du site chaque mois. 400 000 : Le nombre de visiteurs uniques par mois sur le site Bakchich.info. 2 000 : Le nombre d’abonnés au site. 30 000 : Le nombre d’exemplaires vendus du premier numéro de l’hebdomadaire Bakchich. 16 000 à 18 000 : Le nombre d’exemplaires de Bakchich qui doivent être vendu chaque semaine pour que la société atteigne l’équilibre financier. Sur les 7 premiers numéros, ce chiffre tourne autour de 14 000. 13 : Le nombre de salariés à Bakchich. 90 euros : Le prix d’un abonnement Bakchich web + papier. Lu 1204 fois
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