« Une odeur de burritos et de nachos » qui vous prend au nez, des airs de « bachata et de meringue » qui sortent des postes de radios et qui vous envahissent les oreilles, les premières impressions d’Axel Ardes quelques heures après sa descente d’avion sont trompeuses. Ce trentenaire, originaire de la banlieue parisienne, vient de débarquer à New-York. Nous sommes le 10 septembre dernier, en plein coeur du quartier latin. « Dans le coin où j’étais il était plus facile de parler espagnol que de parler anglais », se souvient Axel Ardes.
Parti de l’aéroport d’Orly à Paris, le blogueur pose, pour la première fois de sa vie, le pied sur le sol américain. Premiers pas dans la « Big Apple » et déjà la sensation étrange de se sentir « débordé » avec un anglais quelque peu « rouillé » au beau milieu de cette ville gigantesque et cosmopolite. Une mégalopole où se côtoient plus de 8 millions d’habitants : « J’ai pris une claque », reconnaît après coup le blogueur. Mais pas le temps de s’étendre, les premiers papiers attendent du côté de Paris, là où l’histoire a commencé.
Making of d’un départ programmé
Retour en arrière. Ce « road trip » prend naissance au lendemain des primaires démocrates. Depuis plus d’un an, le Bondy Blog suit le sénateur de l’Illinois dans sa course à la Maison Blanche. Lorsqu'il sort vainqueur de son duel avec Hillary Clinton, Axel Ardes saute sur l'occasion et propose au Bondy Blog, média avec lequel il collabore depuis 2006, d’envoyer quelqu’un au coeur de cet événement planétaire. « Banco ». Sa suggestion trouve un écho favorable au sein de la rédaction à Bondy. « Cela correspondait à nos sujets, réagit Axel. C’était un événement à couvrir même si pour nous c’était un peu énorme. Le Bondy Blog n’avait pas les moyens d’envoyer quelqu’un parcourir plus de deux mois les Etats-Unis ».
Pour parvenir à financer son projet, il se tourne du côté de 20 minutes.fr, hébergeur du Bondy Blog, et de la radio Le Mouv. L’objectif à terme : aller bloguer au plus près de la population américaine, en passant d’une ville à une autre. « Si je m’étais installé durablement dans une ville, je n’aurais pas profité suffisamment de cette élection pour prendre le pouls du pays et en comprendre sa complexité ». Le circuit est balisé avant le départ : de Chicago à New-York en passant par Miami, Washington ou Los Angles, une douzaine de « villes-étapes » jalonneront, d'Est en Ouest, le parcours du blogueur.
« J’avais besoin d’histoires et d’émotions »
Les contacts pris, les billets et un « visa de journaliste » en poche, il s’envole pour New-York. Débarqué la veille de la commémoration des attentats du 11 septembre 2001, il arrive dans une cité hantée par ses vieux démons. « Je voulais vraiment être là pour le 11 septembre. C'était l'objectif. Je me demandais si cette date aurait un impact sur les élections présidentielles. Cela m'a permis de me lancer et de faire mes premiers sujets sur la date anniversaire de cette catastrophe ». Le temps limité et la nécessité d'écrire quotidiennement l'oblige à ne rester parfois « que quelques jours dans une ville ». Autant de contraintes inhérentes à son activité qui ont compliqué sa tâche initiale : « Trouver des angles de papiers originaux était alors plus difficile. Ca pouvait être parfois stressant. Car quelque part, le blogueur est plus là pour s'amuser que pour travailler ». Une réalité par moment mise de côté.
Les premiers papiers en ligne, Axel Ardes entame son périple avec l’étiquette de blogueur sur le dos. Sans accréditation, impossible d’avoir accès aux sources institutionnelles. « J’étais moins reconnu qu’un journaliste. Je travaillais de façon beaucoup plus inconfortable, explique Axel sur les difficultés relatives à son statut. Par exemple, si j’avais eu à chaque fois une chambre d’hôtel avec Internet, je n’aurais pas autant galéré ». Pourtant, paradoxalement, ce sont ces impasses qui vont l'aiguiller sur des idées de papiers. « Pour trouver des sujets, il fallait aller directement auprès de la population. Le blog m’a permis d’avoir un contact plus humain. Pour la proximité avec les gens, c’est l’idéal. Le blog permet d’avoir quelque chose de plus intime que l’article de journal. Et là, j’avais besoin d’histoires et d’émotions. »
Des émotions, Axel Ardes en a récolté tout au long de ces deux mois et demi passé aux Etats-Unis. De ses rencontres sont nées des histoires individuelles, relatées quotidiennement au fil de ses posts, portraits grandeur nature d’une Amérique gagnée en partie par l’Obamania. « Parfois, c’était presque difficile de bloguer. On est tellement envahi par l’histoire des gens qu’il faut faire le tri. A certains moments, j’ai été touché par leur histoire… ». Comme lors de ce tête-à-tête improvisé, dans un bar de jazz, avec Harry et sa femme, un couple afro-américain rencontré à Chicago au lendemain de l'élection de Barack Obama.
Ce n’est pas un hasard si Barack Obama occupe alors une place privilégiée dans ses articles. S’il ne pense pas avoir été gagné par l’Obamania, Axel Ardes était à Chicago, le 4 novembre, fief historique du tout premier premier président noir des Etats-Unis. Un moment d’intense émotion aux côtés des partisans du candidat démocrate.
A Los Angeles, ça a été « embrouille sur embrouille »
En regardant en arrière, le blogueur dit avoir « trouvé sa place » au sein de la population. « C’était relativement facile car les Américains, après huit années de Bush, avaient envie de raconter leur histoire pour cette élection. En revanche, il a été beaucoup plus difficile de trouver des sujets sur Mc Cain. Les gens qui votaient pour lui étaient beaucoup plus dans une attitude de repli par rapport à moi ».
Pourquoi ? Axel Ardes ne se l’explique toujours pas. « Peut-être parce que j'étais un blogueur étranger, peut-être parce que je suis noir, je ne sais pas ». Mais il le consent, cela lui a « compliqué la tâche ». Un repli d'une partie des Américains à son égard qui a pris à certain moment une tournure cauchemardesque, voire surréaliste.
Pourquoi ? Axel Ardes ne se l’explique toujours pas. « Peut-être parce que j'étais un blogueur étranger, peut-être parce que je suis noir, je ne sais pas ». Mais il le consent, cela lui a « compliqué la tâche ». Un repli d'une partie des Américains à son égard qui a pris à certain moment une tournure cauchemardesque, voire surréaliste.
Comme lors de ses trois jours passés à Los Angeles, où « ça a été embrouille sur embrouille ». A tel point qu'il faillit « fuir la ville » prématurément. Le 10 octobre, alors qu’il se balade dans les rues, à quelques encablures de Hollywood, il est violemment pris à partie par un homme, prononçant des insultes racistes et discriminantes : « Il voulait me taper dessus, simplement parce que j’étais noir. Il m’a repéré, suivi et j’ai envisagé à un moment devoir me battre avec lui, se souvient Axel. Ce qui m’angoissait car je me disait que j'étais aux Etats-Unis, que personne ne me connaissait et que c'était mon premier jour dans la ville ! Si je m'étais fais embarqué, ça allait durer plusieurs jours. » Il s’en sortira « in extrémis » et indemne au détour d’une ruelle. Un incident qui fera l’actualité le soir même dans les colonnes du blog USA de 20 minutes.fr. « Je pense que cela correspond à une des réalités de la ville, analyse le blogueur. Aborder les à-côtés de la société américaine était aussi un des objectifs recherchés au travers de ce blog ».
A son retour en France, le 15 novembre dernier, Axel Ardes s'est senti déboussolé. De son propre aveu, tout est un peu plus lent, et moins « speed » qu'aux Etats-Unis. « L'impression de faire du surplace ». A la question de savoir si, selon lui, ces deux mois et demi ont été suffisants pour prendre la température d'un pays plongé dans l'excitation d'une élection historique, Axel Ardes répond par l'affirmative. « Cela a été suffisant au moins pour avoir une certaine idée de l’élection et de ce qui s'y passait. Même si quand on vit une aventure comme celle-là, on a pas envie qu’elle s’arrête ».


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