Audiences web : ce qui se cache derrière les chiffresNina Godart
Dimanche 14 Juin 2009
En chute libre… Les courbes de visites des sites internet d’actualité sont à la baisse ce dernier trimestre. Reste à s'assurer, au sein des rédactions web, de faire « moins pire » que les autres. Le problème c’est que les chiffres de fréquentation revendiqués par les acteurs du web diffèrent.
Plusieurs instituts mesurent l'audience des sites. Ici : Google trends.
Ce n’est pas (que) une question de mauvaise foi des uns ou des autres : il existe plusieurs manières de mesurer l’audience des sites et différents organismes s’en chargent. L’enjeu de la compétition est important : attirer les publicitaires, seuls mécènes potentiels dans cet univers vénérant la gratuité.
En janvier dernier " " " et " " " se livrent bataille pour être reconnu comme le site d’info le plus visité, à coup de statistiques favorables mais contradictoires. Lequel ment ? Ni l'un ni l'autre. Jean Paul Dietsh est directeur nouveaux médias pour l’ " " " , un institut de certification qui fournit aux sites des outils de mesure labellisés. « Il y a deux types de comptage, explique-t-il. Sur le même principe que pour la presse papier : on peut compter le tirage, donc le nombre d’exemplaires vendus ou l’exposition, soit le nombre effectif de lecteurs ». Or, comme il le fait remarquer : « l’exposition sera toujours plus importante que le tirage puisqu’un journal acheté peut passer de main en main».
Sur Internet, le tirage c’est la consommation du média. L’OJD la calcule grâce à un indicateur qui pondère le nombre de visiteurs avec le nombre de pages réellement vues. L’exposition, elle, est mesurée par le nombre de visites uniques, c'est-à-dire le passage, même très bref, sur une page du site. C’est ce que calcule Net Ratings, l’indicateur de l’institut de comptage des audiences de " " " . Donc lemonde a plus de visiteurs consultant une ou plusieurs pages de façon prolongée, lefigaro plus clics sur une de ses pages.
Les deux calculs informent sur des pratiques différentes. Cependant, le chiffre des audiences est le seul à pouvoir être artificiellement gonflé. Par des moyens licites, certes, mais qui faussent la concurrence. Par exemple en prenant en compte les visiteurs de tous les sites d’un même groupe de presse. Pour lefigaro par exemple, sont recensés les visiteurs de " " " , et même d’Explorimmo (site de petites annonces immobilières qui appartient au groupe). Les administrateurs peuvent aussi acheter des mots-clés spécifiques pour diriger directement ceux qui les tapent dans leur barre de recherche sur le site. Ou encore acheter des visiteurs, tout simplement… Ludovic Blecher, rédacteur en chef de " " " raconte : « Je reçois constamment des emails d’entreprises de jeux en ligne qui me proposent d’héberger un jeu et me garantissent ainsi un ou deux millions de visiteurs supplémentaires, contre rétribution ».
Autre tendance pour « faire du clic », la stratégie des rédactions installées sur la Toile consiste à être présentes sur tous les évènements, même les plus insignifiants, sans hiérarchiser. Une course à la quantité (au détriment de la qualité ?), alors que, toujours selon JP Dietsh : « la pub ne rapporte quasiment rien sur Internet ». Nicolas Beau de " " " , dernièrement sur Canal +, confirmait : « la réclame, sur notre site qui emploie 10 rédacteurs permanents, rapporte 3 000€ par mois ! »
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