Quel était le contenu de votre blog ?
Au départ, ne sachant pas ce que je risquais si je racontais ce qu’il se passait à l’intérieur d’un média chinois, je me suis contentée de raconter les à-côtés de ma vie en Chine. Et petit à petit, j’ai essayé de pousser les limites, mais c’était les miennes, je n’avais aucunes pressions concrètes. J’ai commencé à raconter en quoi consistait mon travail, quelles étaient les manies des journalistes chinois qui travaillaient autour de moi. J’ai toujours pris des précautions : ne jamais nommer les gens avec qui je travaillais et ne jamais nommer la radio pour laquelle je travaillais, je ne donnais pas non plus mon nom. Je postais plusieurs fois par jour; ce n’était pas de l’analyse, c’était plutôt de l’ordre du carnet de voyage. Il m’arrivait de ne pas écrire pendant cinq jours parce que je faisais toujours la même chose et parfois j’écrivais des posts coup de gueules, du type : « j’en ai marre, qu’est-ce-que je fais là ». A d’autres moments, j’essayais d’avoir un peu plus de recul et là j’avais une réflexion. J’ai aussi mis le verbatim d’émissions qui n’ont pas été censurées.
A qui était destiné ce blog et quelles précautions avez-vous prises par rapport à la surveillance du web en Chine ?
Mes amis m’ont dit que l’intérêt de mon blog était qu’il soit lu par des Chinois. Mais très peu de chinois parlent français et il leur aurait fallu un logiciel de contournement. J’ai donc décidé d’écrire pour les gens qui parlent français. J’ai choisi OverBlog qui est bloqué en Chine et j’avais un proxy. Au début, on m’avait donné le nom du dernier programme mais comme les autorités chinoises les traquent tout le temps, il faut en changer en permanence. J’ai fini par prendre un abonnement qui me permettait de me connecter via le métro des Etats-Unis ou de Hong-Kong.
Quel regard les Chinois portent-ils sur ces médias officiels comme celui pour lequel vous avez travaillé ?
Je suis restée un an en Chine donc je n’ai pas une expérience dans la longueur et je ne parle pas très bien le chinois. Mais j’ai perçu chez les gens qui travaillaient autour de moi et les jeunes que j’ai pu rencontrer que les Chinois ne sont absolument pas dupes de la situation. Ils savent très bien qu’ils vivent dans un pays qui contrôle l’information. Ils savent très bien que c’est de la propagande. Le mot chinois propagande est le même mot que communication, il n’a pas forcément la connotation hyper-négative qu’il a en français. Pour l'anecdote, dans un bar à Pékin, une Chinoise m’a montré sur son portable un logo de la CCTV, la télévision chinoise, détourné pour signifier en chinois la télé qui ment. Mais il y a aussi des limites à cela. J’ai constaté que certains de mes collègues, qui avaient pourtant fait des études, ne se rendaient pas compte qu’il y a avait un filtre sur le site de RCI en français, ce que j'ai dû leur expliquer. Et là je parle des gens qui sont éduqués dans les villes; c'est encore différent dans le monde rural.
On entend souvent parler des blogs d’opposants. Est-ce qu'Internet est perçu en Chine comme une source d’information alternative ou pensez-vous que ça reste assez marginal ?
A mon avis il faut faire la distinction entre la perception qu’ont les autorités du rôle d’Internet et la perception qu’en ont les Chinois. Il y a effectivement certains blogs, mais ils sont traqués. Il y a quand même 40 000 personnes qui font la police du web. Ce fut le cas par exemple lorsque Barack Obama est venu l’année dernière et qu'il a dit devant un parterre d’étudiants shanghaïens qu’Internet devait être totalement libre. Un blogueur chinois retransmettait l'événement avec quelques minutes de différé et son blog a été fermé avant qu’il ait pu y mettre ce que Barack Obama avait dit.
Au départ, ne sachant pas ce que je risquais si je racontais ce qu’il se passait à l’intérieur d’un média chinois, je me suis contentée de raconter les à-côtés de ma vie en Chine. Et petit à petit, j’ai essayé de pousser les limites, mais c’était les miennes, je n’avais aucunes pressions concrètes. J’ai commencé à raconter en quoi consistait mon travail, quelles étaient les manies des journalistes chinois qui travaillaient autour de moi. J’ai toujours pris des précautions : ne jamais nommer les gens avec qui je travaillais et ne jamais nommer la radio pour laquelle je travaillais, je ne donnais pas non plus mon nom. Je postais plusieurs fois par jour; ce n’était pas de l’analyse, c’était plutôt de l’ordre du carnet de voyage. Il m’arrivait de ne pas écrire pendant cinq jours parce que je faisais toujours la même chose et parfois j’écrivais des posts coup de gueules, du type : « j’en ai marre, qu’est-ce-que je fais là ». A d’autres moments, j’essayais d’avoir un peu plus de recul et là j’avais une réflexion. J’ai aussi mis le verbatim d’émissions qui n’ont pas été censurées.
A qui était destiné ce blog et quelles précautions avez-vous prises par rapport à la surveillance du web en Chine ?
Mes amis m’ont dit que l’intérêt de mon blog était qu’il soit lu par des Chinois. Mais très peu de chinois parlent français et il leur aurait fallu un logiciel de contournement. J’ai donc décidé d’écrire pour les gens qui parlent français. J’ai choisi OverBlog qui est bloqué en Chine et j’avais un proxy. Au début, on m’avait donné le nom du dernier programme mais comme les autorités chinoises les traquent tout le temps, il faut en changer en permanence. J’ai fini par prendre un abonnement qui me permettait de me connecter via le métro des Etats-Unis ou de Hong-Kong.
Quel regard les Chinois portent-ils sur ces médias officiels comme celui pour lequel vous avez travaillé ?
Je suis restée un an en Chine donc je n’ai pas une expérience dans la longueur et je ne parle pas très bien le chinois. Mais j’ai perçu chez les gens qui travaillaient autour de moi et les jeunes que j’ai pu rencontrer que les Chinois ne sont absolument pas dupes de la situation. Ils savent très bien qu’ils vivent dans un pays qui contrôle l’information. Ils savent très bien que c’est de la propagande. Le mot chinois propagande est le même mot que communication, il n’a pas forcément la connotation hyper-négative qu’il a en français. Pour l'anecdote, dans un bar à Pékin, une Chinoise m’a montré sur son portable un logo de la CCTV, la télévision chinoise, détourné pour signifier en chinois la télé qui ment. Mais il y a aussi des limites à cela. J’ai constaté que certains de mes collègues, qui avaient pourtant fait des études, ne se rendaient pas compte qu’il y a avait un filtre sur le site de RCI en français, ce que j'ai dû leur expliquer. Et là je parle des gens qui sont éduqués dans les villes; c'est encore différent dans le monde rural.
On entend souvent parler des blogs d’opposants. Est-ce qu'Internet est perçu en Chine comme une source d’information alternative ou pensez-vous que ça reste assez marginal ?
A mon avis il faut faire la distinction entre la perception qu’ont les autorités du rôle d’Internet et la perception qu’en ont les Chinois. Il y a effectivement certains blogs, mais ils sont traqués. Il y a quand même 40 000 personnes qui font la police du web. Ce fut le cas par exemple lorsque Barack Obama est venu l’année dernière et qu'il a dit devant un parterre d’étudiants shanghaïens qu’Internet devait être totalement libre. Un blogueur chinois retransmettait l'événement avec quelques minutes de différé et son blog a été fermé avant qu’il ait pu y mettre ce que Barack Obama avait dit.
La dissidence est mouvante. C’est vrai qu’il y a beaucoup de Chinois qui ont comme sources certains blogs, mais ce ne sont pas forcement des blogs très négatifs. Ils sont juste un peu critiques, ils racontent d’autres choses. Plusieurs Chinois qui m’ont dit : « moi de toute façon je ne crois pas du tout les journaux et je crois beaucoup plus au bouche à oreille ». Par exemple, pour le bilan du séisme l’année dernière dans le Qinghai, une jeune femme m’a demandé si je savais combien de morts il y avait eu, et elle m’a dit de multiplier le chiffre officiel par dix. Du point de vue des autorités je pense que c’est très différent parce qu’ils ont une peur bleue. On le voit bien avec tout ce qui se passe dans le Maghreb et le monde arabe, ils ont accru les budgets alloués au contrôle d’Internet. Beaucoup de dissidents ont été arrêtés récemment; Ai Weiwei a été très médiatisé mais il y en a eu beaucoup d’autres.
Comment vous êtes-vous informée en Chine parallèlement à l’information de RCI ?
Justement, c’est une des choses qui est le plus difficile. Paradoxalement j’étais en Chine mais je pense que j’étais très mal informée sur la Chine. J’ai évidemment essayé de lire d’autres choses, mais je ne parle pas chinois, donc je ne pouvais pas du tout accéder aux blogs de Chinois. J’essayais de lire la presse taïwanaise ou la presse de Hong-Kong, mais c’est compliqué de savoir exactement ce qu’il se passe en Chine. J’ai alors appris à lire les événements a contrario. Par exemple, vous arrivez un jour le matin et vous recevez d’un coup dix dépêches sur le Tibet qui vantent la reprise du tourisme dans la province, le patrimoine tibétain ou des choses comme ça. Vous apprenez a posteriori qu’en fait il se passe quelque chose au Tibet donc ils font de la contre information au cas où l’information sorte.
Comment vous êtes-vous informée en Chine parallèlement à l’information de RCI ?
Justement, c’est une des choses qui est le plus difficile. Paradoxalement j’étais en Chine mais je pense que j’étais très mal informée sur la Chine. J’ai évidemment essayé de lire d’autres choses, mais je ne parle pas chinois, donc je ne pouvais pas du tout accéder aux blogs de Chinois. J’essayais de lire la presse taïwanaise ou la presse de Hong-Kong, mais c’est compliqué de savoir exactement ce qu’il se passe en Chine. J’ai alors appris à lire les événements a contrario. Par exemple, vous arrivez un jour le matin et vous recevez d’un coup dix dépêches sur le Tibet qui vantent la reprise du tourisme dans la province, le patrimoine tibétain ou des choses comme ça. Vous apprenez a posteriori qu’en fait il se passe quelque chose au Tibet donc ils font de la contre information au cas où l’information sorte.


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