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A l’ère du tout numérique, la radio hésiteNina Godart
Mardi 19 Janvier 2010
Écouter la matinale dans les embouteillages à 18h00, serait-ce possible un jour ? La radio numérique terrestre devrait offrir à ses auditeurs de toutes nouvelles fonctionnalités inspirées de la culture web. Quand ? c'est la vraie question. Son lancement initialement prévu début 2009 vient d'être repoussé à fin 2010.
Fini les grésillements et les interférences, la radio numérique terrestre (RNT) ce sera d’abord une qualité sonore bien meilleure. Des sons diffusés auparavant en analogique le seront en numérique. Donc la perte de qualité entre leur diffusion et leur réception sera infime. Fini aussi la molette à triturer pour trouver la bonne station. Depuis votre voiture ou dans votre salle de bains, vous pourrez faire des avances retours sur votre poste. Sur son écran vous verrez l’image des lives que vous écoutez. Vous pourrez naviguer dans des menus pour obtenir des services tels que la météo, l’info trafic, une présentation de l’émission en cours…
Une mutation technologique certes. Un mutation culturelle aussi. Patrick est salarié d’une grande entreprise d’équipement audiovisuels électroniques : « Désormais, l’interactivité sera possible. Par exemple, acheter sa place de concert au moment où on entend la chanson, laisser des commentaires aussi ». Comme sur Internet. Parce qu'en quelques années, proposant ses podcasts et autres enregistrements disponibles au moment où l'internaute le désire, il est devenu un concurrent direct des radios. Le but de la RNT, serait donc de dynamiser les audiences des stations en s'offrant les mêmes compétences que l'ordinateur en réseau. Rachid Arhab est le membre du CSA chargé des radios numérique. Dans un communiqué à ses adhérents, il affirme que « le public radiophonique est appelé à se rajeunir grâce aux potentialités de ce nouveau média ». Alors il voudrait « une numérisation rapide» pour donner à la radio un nouvel élan.
Un public radiophonique appelé à se rajeunir
Rapide… ça ne semble pas être parti pour. Le 4 décembre, le président du CSA Michel Boyon a annoncé son report à fin 2010. A cause, d'abord, de soucis d'ordre technique. L’entreprise où travaille Patrick fait partie du SIMAVELEC. C’est le syndicat des industries de matériel audiovisuel électronique. Avec des représentants du gouvernement et des radios, il participe à la réflexion globale autour de la RNT. « Par exemple sur les aspects techniques, comme définir les normes de transmission de la RNT ». Et ce fut un sacré casse tête. La réflexion commencée en 2007 a pris fin avec l’attribution d’un canal de diffusion définitif en juin 2009. Mais il faut encore attendre qu'il soit totalement libre pour que la radio numérique commence à émettre dessus. Et Canal Plus diffuse encore en analogique (l’ancien format) sur cette bande justement. La chaîne devrait arrêter en ce début 2010.
Mais ça ne suffira pas à lancer la révolution numérique. Le Simavelec participe aussi aux discussions sur « les aspects promotionnels et le plan de lancement de la RNT ». Patrick sait bien ce qui coince. D’un coté, les radios vont devoir s’équiper pour diffuser en numérique. Les coûts seront faramineux, surtout pour les petites radios associatives. D’un autre coté, les industriels qui ont déjà investi dans la création de ces nouveaux équipements doivent attendre, pour les lancer, qu'ils répondent à un besoin. Du coup chacun freine des quatre fers : « les vendeurs d'équipement attendent que la radio émette pour commercialiser leurs produits et les radios attendent que les produits soient là pour émettre ». Aussi sur les rangs, les nouvelles radios et leurs futurs salariés, qui attendent l'appel d'air.
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